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Pourquoi Romans-sur-Isère est la capitale de la chaussure ?

Pourquoi Romans-sur-Isère est la capitale de la chaussure ?

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Publié le 11 juillet 2026 à 20h52 - 106 vues
par Pauline Couloud
6 min
© Musée de la Chaussure - Romans-sur-Isère

Quand vous arrivez à Romans-sur-Isère, au pied du Vercors, une chose saute aux yeux : ici, la chaussure fait partie de l’identité de la ville. Des souliers géants dans les rues, un musée entièrement dédié au soulier, des ateliers qui fabriquent encore des modèles haut de gamme… Romans, la capitale française de la chaussure, n’a pas volé son titre. Pour comprendre d’où vient ce surnom, il faut remonter plusieurs siècles en arrière. On vous raconte.

Romans, capitale de la chaussure : une histoire qui commence avec le cuir

Avant la chaussure, il y a le cuir. Dès le Moyen Âge, Romans développe une importante activité de tannerie. Les tanneurs et les mégissiers (des artisans qui transforment les peaux animales en cuir) s’installent en nombre dans la ville. Ils sont attirés par l’abondance des eaux, indispensables pour nettoyer et traiter les peaux.

Dans le quartier de la Presle, vous pouvez encore voir leurs anciennes maisons. Elles sont construites au-dessus d’un petit ruisseau, avec des étages en surplomb et de grandes ouvertures ajourées qui servaient à faire sécher les peaux à l’air libre. Pendant des siècles, on ne fabrique pas encore de chaussures à grande échelle. Mais toute la matière première est déjà là.

Le tournant de la fin du 19e siècle

Le vrai basculement se produit à la fin du 19e siècle, avec deux hommes.

En 1895, Joseph Fenestrier rachète une petite fabrique de galoches près de la gare (la galoche, c’est une chaussure à semelle de bois avec le dessus en cuir, très portée à l’époque par les ouvriers et les paysans). Sept ans plus tard, il construit une usine moderne sur le boulevard Gambetta, lance la marque Unic et ouvre un bureau à Paris.

À la même époque, un ouvrier coupeur nommé Charles Jourdan s’installe comme artisan, puis monte sa propre usine. En 1938, il emploie déjà 300 personnes. Après la guerre, ils seront 1 200, et Jourdan ouvrira des boutiques dans le monde entier.

Ce sont ces deux hommes qui feront de Romans-sur-Isère la capitale de la chaussure de luxe, synonyme d’innovation, de savoir-faire et de qualité.

Des années folles aux Trente Glorieuses : l’âge d’or de la chaussure romanaise

Dans l’entre-deux-guerres, la chaussure devient le moteur économique de la ville. Les usines Fenestrier et Jourdan tournent à plein régime, et de nouveaux ateliers ouvrent régulièrement. Romans exporte déjà ses modèles à Paris et à l’étranger, et sa réputation de ville du cuir haut de gamme commence à s’installer.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est l’âge d’or. Les Trente Glorieuses portent la chaussure romanaise à son apogée. Les commandes affluent, les usines s’agrandissent, et des milliers de Romanais vivent du cuir. À la même période, de nouveaux grands noms émergent et renforcent encore la place de la ville. La chaussure romanaise n’habille plus seulement les Français : elle s’installe dans les vitrines des grandes capitales de la mode.

C’est à ce moment-là que Romans devient vraiment, dans l’imaginaire collectif, la capitale de la chaussure.

Une ville entière au rythme du cuir

Ce qui fait la différence à Romans, ce n’est pas seulement le nombre d’ateliers. C’est le fait que toute la filière est réunie sur place. Le cuir, les outils, les artisans, les formations : tout est là. On ne se contente pas de fabriquer des chaussures, on maîtrise l’ensemble du processus, du travail de la peau jusqu’au modèle fini.

Une crise qui change la donne

À partir des années 1980, la concurrence des pays à bas coût bouscule le modèle romanais. Les ateliers ferment les uns après les autres. En quelques décennies, une grande partie de l’activité disparaît. La ville perd son rôle de grande capitale industrielle.

Mais le savoir-faire, lui, ne disparaît pas.

Romans, capitale de la chaussure haut de gamme aujourd’hui

Plusieurs ateliers continuent de produire à Romans des chaussures haut de gamme reconnues dans le monde entier. Depuis 2019, quatre d’entre eux se sont regroupés au sein de la Cité de la Chaussure, en plein centre-ville. Derrière de grandes baies vitrées, vous pouvez observer les artisans au travail et repartir avec une paire fabriquée sur place. C’est une façon concrète de voir que la tradition est toujours bien vivante.

Une ville qui met son histoire en scène

En vous promenant dans le centre, vous pouvez aussi suivre le parcours des chaussures géantes : dix modèles emblématiques reproduits à plus de deux mètres de hauteur, installés dans différents endroits de la ville. Escarpin girafe, chaussure poisson, modèles sans talon… C’est une manière originale de découvrir le patrimoine romanais tout en flânant.

Pour aller plus loin, le Musée de la Chaussure permet de comprendre cette histoire dans le détail. Installé dans un ancien couvent des Visitandines, il retrace l’histoire du soulier de l’Antiquité à nos jours, avec des pièces venues des quatre coins du monde, une section consacrée aux baskets iconiques et des modèles signés par les plus grands créateurs. La muséographie est soignée et le bâtiment vaut à lui seul le détour.

Alors, pourquoi Romans est-elle la capitale de la chaussure ?

Si Romans porte encore ce titre aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour ce qu’elle produit. C’est pour ce qu’elle a construit dans le temps : un territoire où le cuir, les ateliers, les grands noms et toute une culture autour de la chaussure se sont installés ensemble, pendant plus d’un siècle. Le modèle industriel a changé, mais l’histoire est toujours bien présente. Et ce surnom de capitale de la chaussure, Romans continue de le mériter.

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